Stan Wawrinka détruit le robot

Au terme d’un parcours de bonhomme, Stan Wawrinka s’offre son 3e titre du Grand Chelem à New York face à Novak Djokovic 6/7[1] 6/4 7/5 6/3. Man of steel.

stan wawrinka vainqueur us open 2016 face novak djokovic

Think positive (image : Reuters)

L’émotion est contenue, la joie pudique mais le rictus trahit la douleur encore aiguë. Il donne presque l’impression de ne pas y croire. Pourtant, Stan Wawrinka a déjà connu cette émotion si particulière, qui plus est face à l’homme en face de lui. Et comme à chaque fois, il surprend tout son monde en allant jusqu’au bout d’une performance une fois de plus ébouriffante. Des joueurs capables de battre Novak Djokovic dans la filière physique-attaque-défense se comptent sur les doigts d’une main. Et c’est bien d’une main de fer que le suisse vient de s’emparer de son nouveau joyau.

Quand le mental de Stan va, tout va

Pour arriver à jouer sa 3e finale majeure, Stan a connu un parcours à l’image (un peu) de sa carrière : entre le chaotique et le sublime. Contraint de sauver une balle de match au 4e dans son match contre Daniel Evans au 3e tour, le suisse a ensuite sorti son meilleur tennis pour vaincre le revenant argentin Del Potro (revenu à un niveau très élevé) puis Nishikori (vainqueur de Murray en 1/4) au terme de matchs ultra accrochés. Lui-même en a conscience : plus un tournoi avance, plus sa confiance augmente et plus il fait peur. Un peu comme Hulk dont la force augmente de manière exponentielle au fur et à mesure de sa colère. Malgré un état de fatigue très avancé, il n’a rien lâché en finale malgré la perte du premier set au tie-break au cours duquel il a remporté un seul point, mais quel point ! La mécanique s’est alors mise en route autour d’une tactique qui a déjà fait ses preuves : frapper toujours plus fort pour prendre le jeu à son compte et mettre une pression à chaque coup sur Djokovic. Cela n’est bien sûr pas sans rappeler la finale de Roland Garros où, esseulé, le serbe ne faisait que contrer et subir les parpaings comme un boxer acculé dans les cordes. Sûr de sa force, il ne panique pas lorsqu’il est mené et s’applique à aller jusqu’au bout de sa stratégie destructrice. Avec ce 3e titre en autant de finales jouées, il rejoint un certain Gustavo Kuerten qui, à la différence, n’a jamais remporté d’autre majeur que sur terre battue.

Le Djoker lessivé

L’issue de cette finale dépendait donc plus de Wawrinka que de Djokovic. Une fois de plus, le serbe n’a pas trouvé la clé tactique pour entraver celui qui lui a barré pour la 3e fois la route vers une nouvelle victoire en Grand Chelem. Sans solution et atteint physiquement à force de défendre (malgré un parcours jalonné par les abandons, trois au total), le Djoker s’est fait secoué comme l’a fait Del Potro aux JO quelques semaines auparavant. Pour l’intérêt du tennis, on peut s’estimer heureux qu’une faille subsiste dans la carapace du numéro 1. Gageons aussi qu’il faut à ce moment là évoluer à un niveau stratosphérique pour avoir une chance de battre le serbe. Dans le cas contraire, il reste le plus fort, le plus régulier, le plus costaud et ses stats le prouvent sans conteste. Du reste, il a disputé les 4 finales majeures cette année (pour deux victoires) et démontre qu’il faudra bien s’y mettre à plusieurs pour l’empêcher d’étoffer un palmarès toujours plus fourni. Est-ce que cette overdose de succès aura néanmoins un effet sur son envie et sa motivation ? On verra l’année prochaine car sa saison n’a désormais plus beaucoup d’intérêt.

Entre espoir et consternation

Côté français, on va plutôt voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide. A moitié plein car Tsonga, Monfils et Pouille ont ouvert le livre de l’histoire en se présentant tous les trois en 1/4 d’un tournoi du Grand Chelem, ce qui n’était jamais arrivé depuis le début de l’ère open. On retiendra notamment le parcours homérique de Lucas Pouille, vainqueur de 3 combats en 5 sets consécutifs avec ce point d’orgue face à Rafael Nadal. On est tout à fait d’abord : Nadal n’est plus le Nadal de la fin des années 2000. En proie avec ses propres doutes et ses difficultés physiques, on sent très bien que le majorquin ne sera en mesure de retrouver le niveau lui permettant d’aller glaner encore quelques grands titres. Nonobstant cette certitude, parvenir à passer outre tout ce que l’ancien ogre de la terre battue représente aux yeux des gens reste une performance de premier choix, surtout sur la longueur max. On retrouve d’ailleurs dans la victoire du jeune français les fondamentaux tactiques nécessaires pour renverser l’ancien numéro 1 : de l’ultra agressivité notamment dans la diagonale revers / coup droit de l’espagnol et ceci quitte à faire des fautes. Une tactique payante car Pouille a terminé avec 60 coups gagnants dont un dernier coup droit limpide et sans bavure.  Un tennis complet, un jeu à risque mais porté vers l’avant et une tête bien faite, voici donc la relève.

Une fois n’est pas coutume, c’est le physique qui a craqué pour Tsonga, obligé d’abandonner à cause de son genou gauche à 6/3 6/2 face au Djoker. Les regrets sont énormes le concernant car Jo démontre depuis toujours qu’il n’a pas peur d’y aller, même face aux meilleurs. Cela passe rarement car il est tout simplement un cran en dessous des membres de l’ancien Big 4. Mais lorsque cela passe, il peut mettre tout le monde d’accord et il l’a déjà montré à quelques reprises dans le passé. Tsonga aurait certainement perdu face au serbe mais s’il avait ce petit brin de réussite en plus au bon moment, nul doute qu’il pourrait prétendre à une victoire finale (que l’on ne peut pas contre pas atteindre qu’avec des si).

On garde le meilleur pour la fin avec notre meilleur joueur de l’année. Pas blessé, frais comme un gardon, bien dans sa tête et victorieux de tous ses matchs en 3 sets avant les 1/2, Gaël Monfils a complètement implosé au début de son match face à Djokovic. Convaincu qu’il était entrain de se faire rouster (ce qui, de l’extérieur, paraissant un brin exagéré malgré ce départ à 5-0), La Monf’ a improvisé une tactique qui l’a amené au même résultat que s’il avait accepté le combat. Tenter un truc, pourquoi pas. Faire semblant de ne rien en avoir à faire est autrement plus gênant. Son attitude désinvolte voir suicidaire a d’autant fait réagir que lorsqu’il s’est enfin décidé à lui rentrer dans le lard (seule tactique efficace face à Djoko, cf. Wawrinka ou Del Potro), Monfils a mis le serbe à 3 mètres de la balle en alignant les missiles. Mais cela n’a duré qu’un set et notre dernier français est retombé dans ses travers, comme s’il n’était pas convaincu à 100% de sa capacité à réussir. Donc Monfils peut et sait le faire mais, en raison d’une barrière qui ne peut être que mentale, ne parvient pas à maintenir sur un match complet cette attitude face aux meilleurs. On enrage puis on tempère en se disant que, finalement, il a fait de son mieux et que la logique est respectée. Mais dieu que c’est frustrant…

 

A propos

Boulimique de tennis, je suis ce sport depuis désormais une vingtaine d'années. Signe distinctif : un gros coup droit, ça aide toujours ;-)

Publié dans Grand Chelem, US Open

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