Le plus grand

Roger Federer s’adjuge son 18e titre du Grand Chelem à Melbourne au terme d’une finale homérique face à Rafael Nadal sur le score de 6/4 3/6 6/1 3/6 6/3. La panne de superlatifs est annoncée.

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Un moment d’histoire (photo : Reuters)

Une finale 100% Williams qui précède une finale Federer-Nadal. Non, nous ne sommes pas à la fin des années 2000 mais bien en 2017. Non, le tennis n’est pas devenu un sport pratiqué par des humains dont certaines parties du corps sont remplacées par des prothèses bioniques en adamantium. Oui, c’est une page invraisemblable de l’histoire du tennis qu’ont écrit les co-scénaristes Serena, Vénus, Rafael et Roger. Oui, le tennis est un sport magnifique, dramatique et sublimé lorsqu’il est pratiqué par de tel(le)s champion(ne)s.

Serena Williams dépasse le record de Steffi Graaf

Honneur bien sûr aux dames et à l’incroyable record que Serena Williams vient de dépasser : grâce à cette 23e victoire dans un tournoi majeur, l’américaine devient la joueuse la plus titrée de l’histoire du tennis féminin et dépasse ainsi Steffi Graaf. Prise par l’émotion et par l’enjeu en septembre dernier à l’US Open où elle était passée à côté de sa 1/2 finale face à Pliskova, Serena n’a cette fois-ci pas laissé passer l’occasion en prenant le dessus sur la surprise du tournoi : sa sœur Vénus, présente à ce stage de la compétition pour la dernière fois en 2009 lors de finale perdue face à..Serena. 8 ans qui en paraissent 2 tant les sœurs Williams semblent inoxydables et insensibles à l’érosion naturelle du corps et de l’esprit. Une juste récompense pour une joueuse exceptionnelle qu’est Serena et dont la longévité sportive semble avoir encore de beaux jours.

Le clasico Federer-Nadal

L’émotion est montée de plusieurs crans le lendemain sur le court central de Melbourne Park. Une finale entre Federer et Nadal ? Impossible. Une victoire du suisse au meilleur des 5 manches face à l’espagnol ? Impensable. De toute façon, ils ne parviendront jamais à atteindre ce stade de la compétition car ils reviennent de blessure, sont usés et la paire Andy Murray/Novak Djokovic domine le tennis sans partage. Nous avons oublié un détail : le sport est irrationnel et l’âme du champion ne meurt jamais. Au diable ces turpitudes et ces certitudes et place au jeu.

Roger Federer démarre doucement. Il semble emprunté par ses deux combats en 5 sets remportés face à Nishikori et Wawrinka, respectivement 5e et 4e mondial. De son côté, Rafael Nadal s’est débarrassé de Monfils (6e) et Roanic (3e) mais sort d’un terrible combat de 5h face à Grigor Dimitrov, très en forme et à deux doigts de jouer sa 1ère finale dans un majeur. Il le sait d’avance : Federer ne pourra pas compter sur un Nadal amoindri car il a déjà vécu cette situation en 2009. On se souvient de cette cérémonie où le suisse avait craqué après une nouvelle défaite en finale alors que Nadal avait (déjà) joué une 1/2 finale éreintante face à son compatriote Verdasco. Nadal contre lequel il est mené 3-0 dans leur face-à-face en Australie, contre lequel il n’a plus gagné en Grand Chelem depuis Wimbledon 2007, contre lequel il a tant buté. Avantage Nadal au 1er set mais Federer accélère subitement. Il prend la balle plus tôt et commence à agresser sur chaque coup droit. Nadal subit. 1er dans la poche.

Dans ce rapport si particulier de dominant/dominé, la moindre faille profite dans l’instant suivant à l’autre. A la moindre hésitation ou à la moindre attaque pénalty du mauvais côté, Rafael Nadal reprend l’ascendant mental et, grande nouveauté, rentre à son tour dans le terrain. Qui aurait crû un jour que l’espagnol daigne coller ses pieds sur la ligne de fond de court ? Signe d’intelligence et de recul, motivé et dévoué à continuer encore et toujours à progresser. Se réinventer pour rêver. Nadal remporte logiquement la 2e manche, continue de lassoter inlassablement et obtient des balles de break dès le premier jeu de la 3e manche. Rodger s’accroche, refait à nouveau chauffer le coup droit et donne une leçon de ping-pong à son adversaire. Tout y passe : demi-volée de fond de court, les petites volées qui vont bien et même une diagonale de revers qui tient la route. L’histoire est un éternel recommencement et Rafael Nadal plie mais ne rompt pas. Jamais. Surtout face à Federer contre lequel il sait qu’il peut jouer la montre. La 4e manche demeure la copie conforme de la 2e avec le réalisme et la vista passées désormais du côté ibérique.

Confirmation avec le break en poche dès le premier jeu du 5e set pour Nadal. Il a pris l’ascendant final, le suisse ne s’en relèvera pas, c’est sûr. L’espagnol va une fois de plus passer pour le vilain qui empêche la superstar planétaire d’étoffer un palmarès maigre de grand titre depuis 2012. Il deviendra par la même le seul et unique joueur de l’ère Open à compter deux titres dans chaque Grand Chelem. Mais une agressivité retrouvée (73 CG pour 57 FD) couplée à un revers qui n’a jamais fait aussi mal permet à Federer d’obtenir des balles de break. Beaucoup de balles de break. Federer revient et passe devant. 4-3, 40-40. La suite se passe de tout commentaire.

Roger Federer fait le break, sert pour le match et après, une première balle de match vite bazardée, décroche son 18e titre du Grand Chelem sur un challenge. Un dernier coup droit pleine ligne et le suisse peut laisser exploser sa joie. Comme toujours, la correction de Nadal dans la défaite vaut tout le respect du monde : il accepte la défaite, conscient qu’il revient d’aussi loin que le suisse et que le meilleur est certainement à venir s’il reste en forme physiquement. De l’autre côté, Roger doit savourer ce moment auquel il n’avait pas gouté depuis des lustres.

La place dans l’histoire

On ne va pas bouder notre plaisir : avec l’ultra domination de Djokovic et de la prise de pouvoir d’Andy Murray, il était délirant d’espérer autre chose qu’une finale avec au moins l’un des deux gugusses soulevant le trophée à la fin. Les circonstances de ce tournoi ponctué par cet affrontement vintage qui a animé pendant 10 ans la planète tennis avant l’explosion du Djoker donne une saveur vraiment sympa teintée de nostalgie. Quoiqu’il arrive, il faut profiter de l’instant et de la présence de ces champions qui ne sont décidément pas comme les autres. Roger Federer est le plus grand joueur de tous les temps. Rafael Nadal, plus grand joueur de tous les temps sur terre, a battu 2 fois sur 3 le meilleur joueur de tous les temps. Après cette finale entre ces deux hommes, on peut mourrir tranquille.

A propos

Boulimique de tennis, je suis ce sport depuis désormais une vingtaine d'années. Signe distinctif : un gros coup droit, ça aide toujours ;-)

Publié dans A la une, Grand Chelem, Open d'Australie

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